Le Paysage invisible est une série picturale qui privilégie l’expérience phénoménologique du regardeur en engageant une relation directe entre le corps, la lumière et la matérialité de l’œuvre. La surface, travaillée dans une matière dense et sombre, interagit avec les conditions d’éclairage, tandis que les contrastes marqués entre les profondeurs du bleu de Prusse et des tonalités plus lumineuses génèrent une dynamique optique et rétinienne en constante mutation. Difficilement saisissable par les dispositifs photographiques, cette pratique revendique la primauté de l’expérience sensible et située de l’œuvre, affirmant ainsi la spécificité du médium pictural face aux technologies contemporaines de reproduction et de médiation visuelle. En rendant le paysage partiellement invisible et sa représentation difficilement accessible au regard, cette recherche interroge la place et la valeur du paysage dans un contexte de crise écologique. Que signifie encore peindre le paysage à une époque où les milieux naturels sont soumis à des processus accélérés de disparition et de transformation ? La difficulté perceptive devient ici un outil critique permettant de questionner nos régimes d’attention, nos modalités de perception et les systèmes de valeurs qui structurent notre rapport au vivant. À première vue, les œuvres semblent relever d’un monochrome noir ; pourtant, le noir est absent de la palette. Fondée sur une exploration du bleu de Prusse, cette démarche réactive les usages historiques de ce pigment comme couleur de l’ombre et de la profondeur. Sa brillance introduit toutefois un paradoxe perceptif où lumière et invisibilité, révélation et effacement, coexistent au sein d’un même espace pictural.
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